Acquisition de la Prairie humide de Pesquié par le financement participatif

L'Association des Naturalistes de l'Ariège est engagée dans un processus de veille foncière pour acquérir et protéger les sites naturels . L'acquisition de la prairie humide de Pesquié s'est faite au moyen d'un mode de financement inédit : le financement participatif.

Contexte

L’Association des naturalistes de l’Ariège (ANA) est la seule structure en France à agir dans le cadre de trois réseaux majeurs : les Conservatoires d'espaces naturels (CEN); les Centre permanents d'initiative pour l'environnement (CPIE) et le réseau Education Pyrénées vivantes.

Dans le cadre de sa cellule de veille foncière, l'ANA étudie les possibilités d’achats ou de conventionnements des parcelles représentant de forts enjeux en termes de préservation de la biodiversité.

En Septembre 2014, une opportunité s'est présentée pour acquérir la prairie humide du Pesquié, située à Lagarde (09). Ce site est connu de longue date par l'ANA, qui y a découvert une importante station de Jacinthe de Rome (Bellevalia Romana) de plus d’un millier de pieds; et qui est suivie annuellement depuis.

Financer l'acquisition du site

L'acquisition a été financée par l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, à hauteur de 80%, les 20% restant étant à la charge de l'ANA. L'ANA a ainsi démarché plusieurs fondations prêtes à financer une partie de ces 20% si l'association engageait une partie de la somme. Pour réunir les fonds nécessaires, l'ANA a alors mobilisé un moyen de financement inédit : le financement participatif, avec une campagne lancée sur le site Ulule

Si la majorité des donateurs sont des adhérents de l'association, ce nouveau média a également permis de recevoir de nouvelles adhésions en faisant office de relais de communication des actions de l'ANA au sein du réseau Ulule. La réussite de la campagne a permis à l'ANA de recevoir le soutien de la Fondation Nature & Découverte pour finaliser l’acquisition du site. 

Présentation du site

La prairie humide du Pesquié à Lagarde (Ariège) abrite l’une des plus importantes stations de Jacinthe de Rome de ce département. L’ANA/CEN de l’Ariège suit ce site depuis une dizaine d’années. L’acquisition par le CEN permettra d’assurer la préservation de cette prairie humide et des espèces patrimoniales associées sur du long terme. 

Intérêts naturalistes

L’intérêt principal du site est qu’il abrite la plus importante station de Jacinthe de Rome (Bellevalia romana) du département. Cette espèce est protégée au niveau national et bénéficie d’un plan d’actions animé par le Conservatoire Botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (CBNPMP). Cette population a été estimée à plus d’un millier de pieds.

De façon générale, l’espèce est en régression sur le territoire national. De nombreuses stations ont disparu, et la plupart sont menacées par le drainage et les changements de pratiques agricoles, en particulier par la conversion de pâtures extensives en cultures de céréales et l’enfrichement. En périphérie de grandes villes, son habitat peut être menacé par des projets d’urbanisation. 

La responsabilité de conservation vis-à-vis de cette population de Jacinthe et de cette zone humide est forte. En effet : 

  • la région Midi-Pyrénées accueille environ ¾ des stations françaises,
  • c’est l’une des populations les plus importantes de l’Ariège (département qui compte 3 principales localités de cette espèce)

Le site est également une zone de présence et de reproduction de plusieurs espèces d’amphibiens protégées au niveau national (Salamandre tacheté, Pelodyte ponctué, Grenouille agile, Grenouille rousse, Triton palmé, Crapaud épineux, Crapaud calamite et Grenouille verte). Les premiers inventaires naturalistes menés depuis l’acquisition ont également permis de mettre en évidence la présence d’une autre plante protégée : le Vulpin bulbeux (Alopeecurus bulbosus).

Intérêts fonctionnels

Cette zone humide de presque 7 ha est de type prairie inondable, c’est l’une des plus grandes recensées à ce jour dans le secteur plaine/coteaux du département l’Ariège. Son intérêt fonctionnel est donc majeur à l’échelle du bassin versant en termes de :

  • stockage de l’eau, protection contre les inondations
  • soutien des cours d’eau et de la nappe en périoded’étiage
  • fonctions épuratrices

Ces intérêts tant fonctionnels que patrimoniaux avaient fait de la prairie de Pesquié une zone humide prioritaire pour le département et dans les sites prioritaires d’actions de gestion conservatoire du CEN de l’Ariège. Dans ce cadre, son acquisition à des fins de gestion conservatoire est une action importante pour les acteurs concernés.